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Article: Phtalates, CMR, allergènes : lire une étiquette de bougie

Réglementation

Phtalates, CMR, allergènes : lire une étiquette de bougie

Retournez une bougie. Vous y trouverez parfois un losange bordé de rouge, des mentions de danger et de prudence, des noms de substances, et des pictogrammes consacrés à la sécurité d'usage.

Vous n'y trouverez pas la composition du produit. C'est le point de départ, et il explique la plupart des malentendus.

Une étiquette de bougie n'est pas une liste d'ingrédients

Contrairement à un cosmétique, une bougie ne porte pas de liste exhaustive d'ingrédients. La réglementation n'impose pas d'y détailler toute la formule, mais certaines substances doivent être identifiées lorsqu'elles interviennent dans l'étiquetage de danger.

Ce que porte une étiquette de bougie relève donc d'une autre logique : la classification des dangers. Le règlement CLP traite la bougie comme un mélange chimique et organise la communication de ses dangers. L'information n'est pas « voici ce qu'il y a dedans » mais « voici les dangers identifiés du produit fini ».

Cette distinction change tout ce qui suit.

Ce que porte réellement une étiquette

Deux ensembles cohabitent, et ils viennent de textes différents.

Les éléments CLP. Lorsqu'une bougie relève d'une classification de danger, son étiquette comporte les éléments requis par cette classification : mentions de danger et conseils de prudence, ainsi que, lorsqu'ils sont prévus, pictogramme et mention d'avertissement. Les phrases sont formulées en toutes lettres ; les codes H et P sont leurs références réglementaires standardisées.

Il existe aussi une règle particulière. Lorsqu'un mélange contient certaines substances sensibilisantes à partir des seuils fixés par le règlement, une mention supplémentaire peut être requise même si le mélange n'est pas lui-même classé sensibilisant. C'est la phrase « Contient [substance]. Peut produire une réaction allergique », qui énumère des noms comme linalool, limonène ou cinnamaldéhyde. Les seuils varient selon la substance et sa classification.

Les pictogrammes de sécurité d'usage, qui relèvent d'un autre référentiel, la norme EN 15494 : surveillance de la flamme, éloignement des enfants, objets inflammables. Ils concernent le risque lié à l'usage d'une flamme, pas la composition chimique. Une norme n'est pas un règlement, mais les autorités peuvent s'y appuyer pour apprécier la sécurité d'un produit.

S'y ajoute, selon les cas, un code UFI lié à la déclaration aux centres antipoison.

Pourquoi deux bougies ne se comparent pas par leur étiquette

C'est la conséquence la plus contre-intuitive, et la plus utile à connaître.

Une bougie sans pictogramme ne peut pas être déclarée plus saine pour cette seule raison. Cela signifie simplement que sa formulation finale ne déclenche pas les classifications imposant ces pictogrammes.

De même, le nombre de substances citées dans une mention de sensibilisation ne mesure ni la quantité totale de substances sensibilisantes présentes, ni le risque global du produit.

Le nombre de pictogrammes ou de mentions ne mesure donc ni la qualité du produit ni, à lui seul, sa conformité. Il dépend d'abord de la classification de la formulation finale.

Le malentendu sur les allergènes

Beaucoup de gens cherchent sur une bougie l'équivalent de la liste d'allergènes des cosmétiques. Elle n'existe pas.

La déclaration de composants parfumants allergènes, que l'on connaît par les shampoings et les crèmes, relève du règlement cosmétiques. Une bougie n'est pas un cosmétique, et ce régime ne s'y applique pas.

Le terme réglementaire employé pour une bougie est d'ailleurs substance sensibilisante, et la mention qui les cite obéit à une autre règle et à d'autres seuils. Elle signale la présence de certaines substances, elle ne recense pas toutes celles d'une composition.

Concrètement, si vous réagissez à certaines molécules parfumantes, l'étiquette ne suffira pas à vous renseigner. Il faut interroger le fabricant.

Ce que veut dire CMR

Le sigle désigne les substances classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, réparties en catégories selon le niveau de preuve disponible.

La classification porte sur les propriétés intrinsèques d'une substance, indépendamment de la concentration à laquelle vous y êtes exposé. Celle du mélange final dépend ensuite des règles et des seuils applicables.

D'où une conséquence à retenir : l'absence de mention correspondante sur une étiquette n'équivaut pas à une déclaration « sans CMR ». Certaines substances peuvent être présentes sous des seuils qui ne conduisent pas à la classification du mélange.

L'étiquette permet de connaître la classification réglementaire du produit fini. Elle ne constitue pas l'inventaire des substances absentes ou présentes.

« Sans phtalates »

La mention fleurit sur les bougies, et elle appartient à la même famille que « sans paraffine » : une information sur une absence.

Certains phtalates font l'objet d'autorisations ou de restrictions européennes selon les substances et les usages. Mais cela ne crée pas de définition réglementaire spécifique de la mention « sans phtalates » appliquée à une bougie, et l'expression ne précise pas son périmètre. Parle-t-on de tous les phtalates ou de certains ? Des phtalates volontairement ajoutés ? Du parfum seul ou de la formulation finale ? D'une attestation fournisseur ou d'une analyse du produit fini ?

La mention peut être parfaitement exacte. Pour devenir réellement informative, elle doit surtout être définie et documentée.

Ce qu'on peut demander, et ce qu'on ne peut pas exiger

Il existe un document de référence, la fiche de données de sécurité, et il est souvent mal compris.

Elle sert à communiquer les dangers d'un produit chimique dans la chaîne professionnelle, en seize rubriques : classification, substances à déclarer, mesures de sécurité, données toxicologiques et environnementales.

Elle n'est pas une formule complète. Sa rubrique composition ne recense que les substances qui doivent être déclarées selon les règles applicables, parfois sous forme de fourchettes de concentration.

Et lorsqu'une bougie est vendue au grand public, le consommateur n'y a pas automatiquement droit. Une marque peut choisir de la communiquer volontairement, mais un refus ne constitue pas, à lui seul, une preuve d'opacité ou de non-conformité.

La bonne question est donc précise plutôt que documentaire. Si une substance ou une famille de substances vous préoccupe : la formulation finale de cette référence contient-elle cette substance, et sur quel document vous appuyez-vous pour le confirmer ?

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